Changement de format à l’origine de la baisse du marché du disque
Vu dans la newsletter de l’ADUF.
Un article du Register (Apple, Tesco ‘most to blame’ for music biz crisis ) met en exergue que le passage au numérique a non seulement permis le piratage (qui est une cause non négligeable de la baisse du marché du disque) mais a aussi permis un changement de la manière de vendre de la musique qui a un impact encore plus grand.
Alors que le gros du marché du disque portait sur les albums, la vente à la découpe pratiquée par tous les distributeurs en ligne de musique (au premier rang desquels nous trouvons Apple) a favorisé un comportement de l’acheteur que l’on pourrait qualifier de track picking (TM
) : on prend seulement ce qui nous intéresse. C’est ce type de comportement qui serait pour 80% de la baisse, du moins en Angleterre. Le prix du disque (très bas) dans les grandes surfaces semblent avoir eu in impact non négligeable, surtout quand on sait que ces grandes surfaces font la majorité des ventes.
Pour ma part, je pense que la stratégie de vente n’aurait pas eu un aussi gros impact si l’industrie du disque n’avait pas continué une stratégie de communication et de promotion des artistes basée sur quelques chansons par album. Cette stratégie fixe dans l’esprit des acheteurs l’idée que seules quelques chansons sont valables et dans l’esprit des artistes qu’ils doivent particulièrement bien bosser quelques chansons et faire du remplissage pour le reste. Si l’artiste a cette idée en tête, la qualité de l’album ne vaut pas qu’on l’achète et cela renforce le comportement de track picking, avec un beau cercle vicieux.
Les acheteurs voient donc que l’album n’a donc d’autre but que de vendre un package dont la valeur d’ensemble est inférieure à la somme du prix des chansons qu’il contient. Une solution serait de redonner à l’album sa valeur artistique intrinsèque, qui fait que la valeur du tout est plus grande que la somme des valeurs de ses parties. Ce n’est pas nouveau comme idée, depuis des années on demande à l’industrie du disque d’aller dans cette direction, mais cela comporte des risques, inhérent à la création de contenu de qualité.


La réflexion plus large liée au piratage concerne les droits d’auteurs (et autres gestion des DRM), aujourd’hui battus en brèches et pourtant seul moyen de rémunérer correctement les "petits" groupes de musiques – les plus connus se paient largement par les concerts et autres produits dérivés.
Nous qui travaillons dans une industrie des jeux vidéo assez connexe par son mode de fonctionnement (auteurs-producteurs-éditeurs-distributeurs) ne pourrions vivres en producteurs indépendants si nous ne touchions pas de royalties sur nos ventes, et ce d’autant moins que nous n’avons pas les moyens financiers des majors du secteur pour gérer en direct la majeure partie de nos ventes.
Une tendance forte que nous avons remarqué ces derniers mois est justement la demande de "mini jeux" à faibles prix: là où nous vendons un jeu sur Napoléon (www.napoleons-campaigns.com) avec une douzaine de scénarios pour une trentaine d’euros, on nous demande de faire des jeux à moins de 10 euros avec un seul scénario. Forcément, Waterloo et Austerlitz seront les plus vendus dans ce cadre…
Est-ce souhaitable? Economiquement ce n’est pas sûr, car les jeux vidéo ont des coûts fixes en développement comme l’est la location d’un studio pour l’enregistrement d’une musique, et les acheteurs ne vont pas acheter tous les scénarios pour des questions qui tiennent à la fois de la psychologie et du coût (10×10 = 100!!!). D’où aussi plus de piratage, le cas échéant…
C’est donc au final la diversité et la découverte "d’autres choses" qui en prend un coup, en même temps que la notion de niveau de prix d’un jeux vidéo, et in fine royalties/rémunération pour les créateurs…